01 · TVLLa TVL : ce qu’elle mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
La valeur totale verrouillée correspond à la valeur en dollars de chaque token présent dans les pools de Meteora, multipliée par un prix actuel. C’est l’indicateur le plus cité de la DeFi, et l’un des plus faciles à surinterpréter.
Au moment de la rédaction, DeFiLlama estimait la TVL de Meteora à environ un quart de milliard de dollars. Sa ventilation est instructive : DLMM en détenait bien plus de la moitié, DAMM v1 et les anciens Dynamic Vaults en représentaient chacun une part plus petite et comparable, DAMM v2 un peu moins, et la Dynamic Bonding Curve affichait zéro. Le chiffre global n’est que la somme de ces sous-protocoles.
Trois facteurs font bouger la TVL, et un seul d’entre eux traduit la confiance accordée au protocole.
Dépôts et retraits
Des LP qui ajoutent ou retirent de la liquidité. C’est le signal que l’on croit lire dans la TVL.
Le cours des tokens
Si le SOL perd 20 %, chaque pool qui en contient perd de la valeur, même si personne ne retire. Une grande partie de la variation quotidienne de la TVL n’est qu’un effet prix.
La méthodologie
Quels pools sont comptés, quels tokens sont valorisés et à quel prix. Changez les règles, et la TVL change du jour au lendemain.
Avant de voir dans une baisse de TVL un exode, vérifiez ce qu’ont fait le SOL et les principaux tokens des pools sur la même période. Et gardez en tête le cas de la DBC : les courbes de lancement peuvent concentrer une activité intense sans rien ajouter à la TVL, car une bonding curve ne contient aucune liquidité AMM déposée au sens des règles de DeFiLlama.
02 · VolumeVolume et rotation : le signal d’activité
Le volume de trading est la valeur en dollars de tous les swaps passés par les pools de Meteora sur une période. Il est plus bruité que la TVL, mais c’est la variable qui rémunère réellement les LP.
Le jour où ces notes ont été rassemblées illustre bien ce bruit. DeFiLlama affichait un volume sur 24 heures environ 90 % supérieur à celui de la veille, alors que la moyenne sur sept jours représentait à peu près la moitié de cette seule journée. Un rédacteur qui n’aurait cité que le chiffre sur 24 heures aurait presque doublé l’activité quotidienne normale de Meteora. Le volume mensuel tournait alors autour de 4 Md$, et le volume cumulé depuis le lancement dépassait 340 Md$.
- Préférez les totaux sur 7 ou 30 jours à une seule journée.
- Demandez-vous si un pic vient d’un lancement de token isolé ou d’une activité généralisée.
- Comparez avec le volume de l’ensemble des DEX Solana pour distinguer l’humeur du marché de la part de Meteora.
La rotation : le volume divisé par la TVL
Divisez le volume sur 24 heures par la TVL et vous obtenez la rotation, qui mesure l’intensité avec laquelle chaque dollar déposé travaille. Au moment de la rédaction, l’API de données DLMM de Meteora indiquait environ 176 M$ de volume sur 24 heures pour près de 198 M$ de TVL, soit une rotation proche de 0,9 fois par jour. Un pool endormi peut tourner à 0,05 fois. Un pool de lancement, le premier jour, peut tourner plusieurs fois sa TVL : spectaculaire, mais rarement durable.
03 · ÉconomieFrais ou revenus : qui est payé
Frais et revenus sont souvent employés comme synonymes. Sur Meteora, ce sont des chiffres très différents, et les confondre est l’erreur la plus fréquente dans les analyses du protocole.
| Frais | Tout ce que paient les traders pour échanger. Reversés en majorité aux LP. |
|---|---|
| Revenus | La part prélevée par le protocole sur ces frais, fixée par la part protocole de chaque pool. |
| Part DLMM | Généralement 10 % pour le protocole sur les pools standards (le principal pool SOL et USDC affichait 5 %), 20 % sur les pools de lancement ; 25 % au maximum. |
| Part DAMM v2 et DBC | 20 % des frais de trading. |
| Part DAMM v1 | 20 % sur les pools standards ; les pools stables reversent 100 % aux LP. |
| Forme | Un panier de tokens (SOL, USDC, MET, actifs des pools), sans conversion automatique. |
Le rapport entre les deux reste stable d’une période à l’autre. Sur les douze derniers mois au moment de la rédaction, DeFiLlama comptabilisait environ 389 M$ de frais et 46,8 M$ de revenus : près de 12 % des frais revenaient donc au protocole. Les chiffres sur 30 jours donnaient un ratio comparable, autour de 13 %. Le rapport de Meteora pour le premier trimestre 2026 faisait état de 105,9 M$ de frais et 11,4 M$ de revenus, soit près de 11 %.
Pour un LP, ce sont les frais qui comptent, puisque c’est dans cette enveloppe que votre part est prélevée. Pour qui évalue le token MET, les revenus sont plus pertinents, avec prudence là encore : ils sont perçus sous forme d’un panier de tokens dont la valeur en dollars fluctue, et rien n’est distribué automatiquement aux détenteurs du token. Notre guide du token MET explique la place des rachats et du staking de parrainage.
04 · Regard LPFrais/TVL : le ratio que les LP doivent surveiller
Si vous fournissez de la liquidité, les frais divisés par la TVL sont ce qui se rapproche le plus d’un taux de rendement sur Meteora. Ce ratio indique combien de frais chaque dollar de liquidité a rapportés sur une période.
Un exemple chiffré avec les données DLMM de l’API Meteora au moment de la rédaction : environ 528 000 $ de frais sur 24 heures pour près de 198 M$ de TVL.
Ratio frais/TVL quotidien
528 000 $ ÷ 198 000 000 $ ≈ 0,27 % par jour, tous pools DLMM confondus.
Annualisation naïve
0,27 % × 365 ≈ 97 %, un APR simple avant perte impermanente.
Retour à la réalité
Cet agrégat masque une dispersion énorme. Quelques pools volatils captent l’essentiel des frais ; un pool de paire majeure peut ne gagner qu’une fraction de la moyenne, et les pools de memecoins bien davantage pendant que leurs tokens s’effondrent.
La leçon n’est pas que les LP de Meteora gagnent 97 % par an. C’est que le ratio frais/TVL à l’échelle du protocole est un thermomètre du marché. Pour juger une position précise, calculez le même ratio pour ce pool sur au moins une semaine, puis retranchez une estimation honnête de la perte impermanente correspondant aux mouvements de prix que vous anticipez.
05 · SourcesPourquoi DeFiLlama, l’API Meteora et Fortune ne disent pas la même chose
Le même jour, trois sources réputées peuvent décrire Meteora avec des chiffres qui semblent incompatibles. En général, elles ne mesurent simplement pas tout à fait la même chose.
| Critère | DeFiLlama | API Meteora | Fortune |
|---|---|---|---|
| Même méthode pour tous les protocoles | Oui | Non | En partie |
| Détail par pool | En partie | Oui | Non |
| Revenus isolés | Oui | Non | En partie |
| Données en direct, actualisation fréquente | Oui | Oui | Non |
TVL : environ 257 M$ contre environ 290 M$
Le jour de notre comparaison, DeFiLlama affichait environ 257 M$ pour Meteora, tandis que les trois API de données de Meteora (DLMM, DAMM v2 et DAMM v1) totalisaient près de 290 M$. Les seuls chiffres DLMM différaient d’environ 50 M$. Plusieurs explications sont plausibles : des sources de prix différentes pour les tokens de la longue traîne, des agrégateurs qui excluent les tokens sans prix fiable, des horaires de capture différents. Nous ne pouvons pas attribuer l’écart avec précision, et c’est justement pourquoi un chiffre doit toujours être accompagné de sa source.
Frais : 389 M$ contre 800 M$
Le classement Crypto 100 de Fortune plaçait Meteora en huitième position et citait environ 800 M$ de frais annualisés à la mi-2026. DeFiLlama en comptait environ 389 M$ sur les douze derniers mois. Un chiffre annualisé extrapole généralement une période récente : si cette période a été plus animée que l’année dans son ensemble, le résultat est plus élevé. Fortune ne publie pas de méthode que nous puissions vérifier ; voyez son chiffre comme un critère de classement plutôt que comme une donnée comptable.
Volume : les comparaisons en cumulé
Les totaux cumulés concordent mieux. L’API de Meteora indiquait environ 324 Md$ de volume DLMM depuis l’origine et environ 12 Md$ pour DAMM v2, tandis que le total historique de DeFiLlama pour le protocole parent avoisinait 342 Md$. Le nombre de pools est un autre piège : DAMM v2 en recense bien plus d’un million, contre environ 167 000 pour DLMM, essentiellement parce que chaque lancement et chaque « graduation » crée un nouveau pool, dont la plupart deviennent ensuite inactifs.
06 · ContexteMeteora dans l’écosystème Solana
Les chiffres absolus ne veulent pas dire grand-chose sans point de comparaison. Les comparaisons utiles sont la part de Meteora dans l’activité de Solana et son évolution d’un trimestre à l’autre.
Au moment de la rédaction, le volume total des DEX Solana atteignait environ 57 Md$ sur trente jours, dont environ 3,4 Md$ pour le DLMM de Meteora, soit autour de 6 %. Plusieurs plateformes se classaient devant, dont PumpSwap, Orca et l’AMM de Raydium. L’activité sur Meteora a fortement fluctué au gré du cycle des memecoins, ce qui rappelle que le volume tiré par les lancements est cyclique.
Les rapports trimestriels de Meteora apportent la vision de tendance. Le rapport du premier trimestre 2026 faisait état d’un volume de 19,5 Md$, en baisse de 36 % sur le trimestre précédent, et de frais divisés par deux environ, DLMM générant 86 % du volume et 54 % des frais. Pour situer les chiffres de Meteora face aux autres plateformes, consultez notre comparatif Meteora, Raydium et Orca.
07 · MéthodeUne grille de lecture pour tout indicateur Meteora
- Nommez la source. DeFiLlama, l’API de Meteora et un classement médiatique ne sont pas interchangeables.
- Nommez la période. 24 heures, 7 jours, 30 jours et l’historique complet racontent des histoires différentes.
- Distinguez frais et revenus. Les LP s’intéressent aux premiers, l’analyse du token aux seconds.
- Corrigez la TVL de l’effet prix. Regardez l’évolution du SOL avant d’interpréter une variation de TVL comme des flux.
- Méfiez-vous des pics d’une journée. Comparez avec la moyenne sur 7 jours.
- Descendez au niveau du pool pour décider. Les moyennes du protocole masquent une dispersion extrême.
- Cherchez l’horodatage. L’API de Meteora indique une heure d’actualisation, et ses données semblent mises à jour toutes les heures.
Utilisées ainsi, les données publiques de Meteora sont d’une richesse rare : chaque pool, chaque montant de frais et de volume peut être interrogé en temps réel. Le risque n’est pas le manque de chiffres, mais leur surabondance, cités sans contexte. Si vous ne retenez qu’un réflexe, que ce soit celui-ci : chaque chiffre sur lequel vous vous appuyez doit être assorti d’une source, d’une période et d’un horodatage. C’est précisément pour cela que le panneau en direct en haut de cette page affiche ses sources et masque tout bloc qui ne se charge pas plutôt que de montrer un chiffre périmé.





