01 · BasesCe qu’est le DLMM et pourquoi Meteora l’a conçu
Le DLMM est un teneur de marché à liquidité concentrée dans lequel la courbe de prix est remplacée par un escalier de niveaux de prix distincts. Chaque marche de l’escalier est un bin, et chaque bin contient de la liquidité à un prix unique.
Un AMM classique répartit l’argent de chaque LP sur tous les prix possibles, de presque zéro à l’infini. C’est simple et robuste, mais la majeure partie du capital dort à des prix que le marché ne visitera jamais, et ne rapporte donc presque rien. La liquidité concentrée corrige ce défaut en laissant les LP choisir une fourchette. Le DLMM va plus loin : la fourchette se compose de bins adressables individuellement, et les frais ne sont plus un chiffre fixe mais réagissent à la volatilité.
Le résultat est un modèle qui tient un peu du carnet d’ordres et un peu de l’AMM. À l’intérieur d’un bin, les échanges s’exécutent à un prix unique, sans aucune courbe. D’un bin à l’autre, le prix avance marche par marche, à mesure que chaque niveau est consommé. Les LP décident non seulement où se trouve leur liquidité, mais aussi combien ils en placent dans chaque bin — c’est ce qui rend possibles les formes Spot, Curve et Bid-Ask.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, le DLMM est le plus important des produits de Meteora, en liquidité comme en volume. Le rapport trimestriel aux détenteurs publié par Meteora pour le premier trimestre attribuait au DLMM la grande majorité du volume de la période. Consultez le tableau de bord en direct de notre page de statistiques pour les chiffres actuels plutôt que de vous fier à un instantané.
02 · MécaniqueBins, bin step et bin actif
Trois notions portent tout le modèle. Une fois qu’elles sont claires, chaque écran DLMM de meteora.ag devient lisible.
Comment les prix sont espacés
Les prix des bins progressent de façon géométrique. Si un bin se situe au prix P, le suivant se trouve à P × (1 + bin step), et celui d’après à P × (1 + bin step)². Le visualiseur de bins en haut de cette page applique exactement cette règle. La documentation de Meteora prend l’exemple du SOL à 20 $ avec un pas de 25 bps : les bins suivants se situent à environ 20,05 $, 20,10 $, et ainsi de suite.
Prenons le SOL à 150 $ dans un pool avec un pas de 20 bps. Le bin suivant vers le haut est à 150,30 $, puis 150,60 $. Douze bins de part et d’autre du bin actif couvrent à peu près de 146,45 $ à 153,64 $, une bande d’environ 4,8 % de large. Passez à un pas de 100 bps et douze bins couvrent une bande bien plus large, puisque chaque marche est cinq fois plus haute.
| Bin step | Usage courant | Bins pour +10 % | Amplitude sur 70 bins |
|---|---|---|---|
| 1 bps | Paires de stablecoins | ≈ 953 | ≈ +0,7 % |
| 4 bps | Grandes paires profondes, type SOL-USDC | ≈ 238 | ≈ +2,8 % |
| 20 bps | Grandes capitalisations liquides | ≈ 48 | ≈ +15 % |
| 100 bps | Jetons volatils | ≈ 10 | ≈ +101 % |
| 400 bps | Volatilité extrême, lancements | ≈ 2–3 | ≈ ×15 |
Ce tableau explique pourquoi une même paire compte souvent plusieurs pools DLMM. Lors de notre vérification, le principal pool SOL-USDC utilisait un pas de 4 bps : de toutes petites marches offrent aux traders des prix très fins et permettent aux LP de se concentrer étroitement, mais une position de 70 bins ne couvre alors que quelques pourcents de mouvement. Un pool de memecoin a besoin de pas bien plus grands, sans quoi un seul après-midi ferait traverser au prix des centaines de bins.
Quel jeton se trouve où
Les bins situés sous le bin actif ne contiennent que le jeton de cotation (par exemple l’USDC) : ce sont des offres d’achat en attente. Les bins situés au-dessus ne contiennent que le jeton de base (par exemple le SOL) : ce sont des offres de vente en attente. Seul le bin actif contient un mélange des deux. Quand les traders achètent du SOL, ils vident le bin actif de son SOL ; une fois celui-ci épuisé, le pool passe au bin supérieur, qui devient le nouveau bin actif. Les ventes fonctionnent de la même manière, dans l’autre sens.
03 · TradingZéro slippage à l’intérieur d’un bin
Dans un bin, il n’y a pas de courbe de prix. Chaque unité s’échange au prix du bin, si bien qu’un ordre qui tient dans le bin actif ne subit aucun slippage lié à la courbe.
Chaque bin fonctionne comme un minuscule pool à somme constante : le prix est fixe, la seule question est de savoir combien il reste de chaque jeton. Supposons que le bin actif SOL-USDC soit au prix de 150,00 $ et contienne encore 3 SOL. Un trader qui achète 2 SOL paie exactement 300 $, plus les frais de swap. Un trader qui achète 5 SOL prend les 3 SOL à 150,00 $, puis le pool monte au bin de 150,30 $ et exécute les 2 SOL restants à ce prix. Le prix moyen dépasse légèrement 150 $, parce que l’ordre a franchi un bin.
Voilà pourquoi le DLMM peut afficher des prix très serrés sur les paires actives : si les LP empilent une liquidité profonde dans les bins autour du prix actuel, les gros ordres traversent peu de bins. C’est aussi pourquoi le bin step compte pour les traders. Un petit pas signifie que chaque franchissement ne coûte qu’un soupçon de prix ; un grand pas signifie que chaque franchissement est un saut visible.
04 · FraisLes frais dynamiques : frais de base plus frais variables
La plupart des AMM appliquent des frais uniques, pour toujours. Le DLMM additionne deux composantes et plafonne la somme :
frais totaux = min(frais de base + frais variables, 10 %)
Frais de base
Fixés à la création du pool à partir d’un facteur de base multiplié par le bin step : les grands pas s’accompagnent donc généralement de frais de base plus élevés. Le principal pool SOL-USDC, par exemple, associe un pas de 4 bps à des frais de base de 0,04 %. C’est le plancher payé sur chaque swap.
Frais variables
Ils augmentent avec un accumulateur de volatilité qui grimpe chaque fois que des swaps franchissent des bins. D’après la formule de la documentation Meteora, ils évoluent avec le carré de (volatilité × bin step) : une rafale d’ordres qui traversent des bins les fait monter vite. Un pool peut les fixer à zéro.
Comment s’estompe la mémoire de volatilité
L’accumulateur ne se remet pas à zéro après chaque échange. Il fonctionne avec deux minuteries. Pendant une courte période de filtrage (filter period), le point de référence est conservé, si bien qu’une rafale rapide de swaps continue d’empiler de la volatilité. Entre la période de filtrage et la période de décroissance (decay period), la volatilité mémorisée est réduite par un facteur de réduction. Une fois la période de décroissance écoulée sans nouvelle volatilité, elle retombe à zéro et les frais reviennent à leur niveau de base.
Concrètement : un jour calme, un LP dans un pool tranquille touche à peu près les frais de base. Pendant une cascade de liquidations ou l’envolée d’un memecoin, les frais peuvent grimper nettement au-dessus de ce niveau pendant un moment, puis refroidir. C’est précisément là que la perte impermanente s’accumule le plus vite : les frais variables rémunèrent donc mieux les LP pour absorber les mouvements qui leur nuisent. Ce sont les bots d’arbitrage, qui tradent le plus quand le prix saute, qui paient l’essentiel de cette prime.
Qui touche les frais
- Pools standard : la documentation de Meteora indique une part de 10 % pour le protocole et 90 % pour les LP, mais cette part est définie pool par pool ; lors de notre vérification, le pool SOL-USDC affichait une part protocole de 5 %.
- Pools de lancement : 20 % pour le protocole, 80 % pour les LP.
- Exécutions d’ordres limites : partage 50/50.
- Plafond : la part du protocole ne peut pas dépasser 25 %.
05 · PositionsPositions, limites et loyer
Une position DLMM n’est ni un jeton LP ni un NFT. C’est un compte de programme on-chain qui enregistre les bins que vous couvrez et la liquidité que vous détenez dans chacun. Conséquence pratique : vous ne pouvez pas envoyer une position DLMM vers un autre portefeuille comme vous enverriez un jeton, mais vous pouvez la redimensionner et la rééquilibrer sans la fermer.
| Configuration par défaut | 70 bins par position |
|---|---|
| Taille maximale | 1 400 bins avec les positions dynamiques (PositionV2) |
| Extension par redimensionnement | Jusqu’à 91 bins supplémentaires par instruction |
| Bin arrays | Les bins sont regroupés par tableaux de 70 |
| Loyer de position | Environ 0,059 SOL, remboursé à la clôture |
| Loyer d’extension | Facturé au-delà de 69 bins, remboursable |
| Création d’un bin array | Environ 0,075 SOL chacun, non remboursable |
| Verrouillage optionnel | Un point de déblocage peut empêcher le retrait jusqu’à son échéance |
Le loyer des bin arrays mérite qu’on s’y arrête. Les bins sont stockés par tableaux de 70, et le premier LP qui place de la liquidité dans une zone de prix encore inutilisée paie la création du tableau correspondant. Sur un pool actif, autour du prix actuel, ces tableaux existent généralement déjà et vous ne payez rien de plus. Si vous définissez une fourchette large, loin du prix, sur un pool récent, vous risquez de créer plusieurs tableaux et de dépenser quelques dixièmes de SOL que vous ne reverrez pas. Meteora conseille de garder au moins 0,05 SOL dans votre portefeuille pour les frais ; pour ouvrir des positions, prévoyez nettement plus.
06 · Cycle de vieSortie de fourchette et réclamation des frais
Votre position ne rapporte que lorsque le bin actif se trouve dans votre fourchette. Dès que le prix en sort, les revenus de frais s’arrêtent et la position est composée d’un seul jeton.
Prenons une position ouverte à 150 $ et couvrant de 140 $ à 160 $ sur SOL-USDC. Tant que le SOL s’échange entre ces deux prix, le bin actif se trouve quelque part dans votre fourchette et chaque swap qui traverse vos bins vous rémunère. Si le SOL grimpe à 165 $, le marché vous a acheté tout votre SOL pendant la hausse : vous ne détenez plus que de l’USDC, à un prix de vente moyen situé entre 150 $ et 160 $. Si le SOL chute à 135 $, c’est l’inverse : vous avez acheté du SOL tout au long de la baisse et ne détenez plus que du SOL.
Aucun de ces scénarios ne détruit la position. Elle attend, tout simplement. Si le prix revient dans la fourchette, elle se remet à rapporter et se reconvertit progressivement en un mélange des deux jetons. Hors fourchette, vos options sont les suivantes :
Attendre
Judicieux si vous pensez que le prix reviendra, ou si le résultat à un seul jeton correspond de toute façon à ce que vous vouliez, par exemple vendre du SOL dans la hausse.
Rééquilibrer
Retirer et redéployer autour du prix actuel, ou utiliser les outils de rééquilibrage de Meteora. Cela fige la conversion déjà effectuée.
Sortir
Retirer, réclamer et fermer la position pour récupérer le loyer de position.
La réclamation est manuelle
Les frais s’accumulent par position dans les deux jetons, avec les éventuelles récompenses de farming, et ne se réinvestissent pas d’eux-mêmes. Ils restent réclamables tant que vous ne les avez pas réclamés. Une position ne peut être fermée qu’une fois sa liquidité, ses frais et ses récompenses entièrement soldés : c’est pourquoi la clôture suit généralement la séquence retrait-réclamation-fermeture. Beaucoup de LP réclament à intervalles réguliers, par exemple chaque semaine, et décident à chaque fois s’ils rajoutent les jetons ou prennent leurs bénéfices.
Certains pools ne collectent les frais que dans un seul jeton. Meteora documente un mode de collecte où les frais sont prélevés dans le jeton entrant ou uniquement dans le jeton de cotation — un point important si vous voulez des revenus en USDC ou en SOL plutôt que dans un jeton volatil.
07 · ContexteDLMM, AMM classique ou CLMM
Le DLMM est l’un des trois grands modèles de liquidité sur Solana. Raydium CLMM et Orca Whirlpools utilisent une liquidité concentrée par ticks, dans la lignée d’Uniswap v3 ; les pools DAMM de Meteora et de nombreux pools plus anciens utilisent la courbe à produit constant pleine plage.
| Fonction | AMM classique | CLMM à ticks | Meteora DLMM |
|---|---|---|---|
| Choix d’une fourchette de prix | Non | Oui | Oui |
| Prix fixe au sein d’un niveau | Non | Non | Oui |
| Forme de liquidité personnalisée | Non | Partielle | Oui |
| Frais liés à la volatilité | Non | Surtout fixes | Oui |
| Peut sortir de fourchette | Non | Oui | Oui |
| Totalement passif | Oui | Non | Non |
Dans un CLMM à ticks, la liquidité à l’intérieur d’une fourchette suit toujours une courbe : même les petits ordres font légèrement bouger le prix. Dans le DLMM, la courbe est remplacée par des paliers plats, ce qui produit le zéro slippage au sein d’un bin et rend naturelles les positions à un seul jeton, proches d’un ordre limite. Une position CLMM à ticks peut être construite en plusieurs morceaux superposés pour approcher une forme ; le DLMM propose les formes comme une option native au moment du dépôt. Côté frais, les CLMM à ticks utilisent traditionnellement des paliers fixes, tandis que les frais variables du DLMM sont intégrés à chaque pool, sauf si son créateur les désactive.
Points forts
- Forte efficacité du capital autour du prix actuel
- LP mieux rémunérés en marché volatil
- Formes flexibles et fourchettes à un seul jeton
- Positions redimensionnables sans clôture
Points de vigilance
- Aucun revenu hors fourchette
- La concentration amplifie la perte impermanente
- Loyer de bin array non remboursable sur les nouvelles zones
- Frais à réclamer manuellement
Comprendre le moteur, c’est la moitié du travail ; l’autre moitié consiste à choisir une fourchette et une forme adaptées à la paire. Notre guide des stratégies DLMM transforme la mécanique ci-dessus en configurations Spot, Curve et Bid-Ask concrètes. Comme tout protocole DeFi, le DLMM comporte un risque lié aux smart contracts : il a été audité à plusieurs reprises par des cabinets dont Offside Labs, OtterSec, Sec3, Zenith et Sherlock, mais un audit réduit le risque sans l’éliminer.






